« Je ne pouvais pas tout payer et acheter de la nourriture aussi. J’ai choisi de payer mon loyer et de rester affamé. » Ces mots, tirés d’une étude menée par Banques alimentaires Canada sur les nombreuses répercussions que l’insécurité alimentaire peut avoir sur la vie des gens, décrivent une réalité beaucoup trop fréquente au Canada : être forcé de faire des compromis impossibles.
« C’était soit le loyer, soit les factures, soit la nourriture », a confié une autre personne ayant vécu l’insécurité alimentaire.
Le nouveau rapport Bilan-Faim 2026 de Banques alimentaires Canada révèle que des millions de personnes peinent actuellement à se procurer de la nourriture et à répondre à leurs autres besoins essentiels. Le recours aux banques alimentaires du Canada a atteint un record dévastateur de 2,35 millions de visites mensuelles en 2026. Il s’agit d’une hausse de près de 9 % au cours de la dernière année et de 117 % depuis 2019.
« Pourquoi la demande des banques alimentaires continue-t-elle de croître des années après la fin de la phase aiguë de la pandémie, alors même que l’inflation a ralenti et que plusieurs des indicateurs économiques principaux se sont stabilisés?», s’interroge le rapport, la plus récente édition d’une étude annuelle sur le recours aux banques alimentaires à l’échelle du pays.
« La réponse est que les difficultés financières sont cumulatives. »
Depuis 2021, les coûts des aliments ont augmenté d’environ 30 %, ceux du logement de 28 % et ceux des transports de près de 24 %. Les revenus n’ont pas progressé suffisamment pour suivre la hausse du coût de la vie. Avant de se tourner vers une banque alimentaire, les gens passent souvent des mois ou des années à étirer leur budget, à économiser, à accumuler des dettes, à reporter leurs dépenses et à épuiser toutes les stratégies disponibles pour tenter de joindre les deux bouts. Avec le temps, les options diminuent. Des revers financiers qui auraient autrefois pu être surmontés, comme une réparation de voiture, une maladie dans la famille ou une perte d’emploi temporaire, deviennent alors le point de bascule. Et le filet de sécurité sociale doit faire l’objet de réformes attendues depuis longtemps pour pouvoir soutenir de façon fiable les personnes qui se retrouvent en difficulté.
En 2026, l’insécurité alimentaire touche des personnes de tous les milieux. Près de 1 personne sur 5 qui a recours aux banques alimentaires (18 %) occupe un emploi, comparativement à environ 1 sur 10 (12,2 %) en 2019. 72 % de la clientèle des banques alimentaires est composée de locataires qui font face à des coûts de logement record. Le tiers est composé d’enfants.
« Le Bilan-Faim 2026 raconte l’histoire de millions de personnes qui sont à court d’options », résume Kirstin Beardsley, chef de la direction de Banques alimentaires Canada. « Il n’est pas nécessaire que ce soit l’histoire du Canada. »
« Nous pouvons investir dans le logement et dans nos systèmes alimentaires », affirme Nick McRoberts, vice-président, Défense des intérêts et recherche à Banques alimentaires Canada. « Nous pouvons offrir la stabilité aux personnes qui traversent des périodes difficiles. Nous pouvons faire le choix de bâtir un pays où plus personne n’a à faire face à des choix impossibles. »
Le rapport Bilan-Faim 2026 appelle les gouvernements à :
Réformer les mesures de soutien du revenu pour offrir un soutien réel en cas de besoin
Banques alimentaires Canada recommande de moderniser de façon permanente l’assurance-emploi (AE) afin qu’elle réponde aux réalités de la main-d’œuvre d’aujourd’hui, de doubler l’Allocation canadienne pour les travailleurs, d’éliminer les obstacles à l’accès au crédit d’impôt pour personnes handicapées (CIPH) et de mener un examen parlementaire fédéral de la suffisance de l’aide sociale, qui constitue la principale source de revenus de près de 41 % des personnes ayant recours aux banques alimentaires.
Investir dans les infrastructures essentielles pour bâtir un Canada plus abordable et plus résilient
Le loyer l’emporte sur la nourriture dans les ménages gagnant les revenus les plus faibles. Banques alimentaires Canada recommande au gouvernement fédéral de :
- Établir un accord national sur le logement afin de renouveler et d’accroitre le financement de logements sociaux, coopératifs et sans but lucratif abordables;
- Accélérer la construction de logements au moyen de mesures fédérales relatives aux terres, au financement et aux impôts;
- Établir des parcours géographiques explicites au sein de Maisons Canada pour tenir compte des réalités uniques des communautés urbaines et des banlieues, rurales et éloignées, nordiques et autochtones.
Le gouvernement devrait également affecter jusqu’à 500 millions de dollars du Fonds de liaison alimentaire à l’infrastructure stratégique du réseau de banques alimentaires, pour soutenir un réseau alimentaire national plus résilient.
Bâtir un Nord plus fort en investissant dans les gens et les communautés
Le taux d’insécurité alimentaire est considérablement plus élevé dans les territoires que dans les provinces. Le gouvernement fédéral devrait combler l’écart de coût de la vie dans le Nord dans le cadre de l’allocation pour l’épicerie et les besoins essentiels en incluant un supplément pour le Nord, des seuils d’admissibilité élargis, des ajustements géographiques, une indexation automatique et des systèmes de livraison accessibles. Il devrait aussi réformer Nutrition Nord Canada en établissant des objectifs clairs d’abordabilité pour les aliments subventionnés, en renforçant les rapports publics, en élargissant les aliments admissibles et en élargissant les initiatives de souveraineté alimentaire.
Consultez davantage de conclusions générales de Bilan-Faim 2026, approfondissez les recommandations de politiques de Banques alimentaires Canada ou lisez le rapport complet.